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La messe avec Padre Pio




La Messe avec Padre Pio (7)
La communion




Le texte précédent évoquait déjà la manière dont Padre Pio communiait. Ce texte est, dans la suite, plutôt de l’ordre de la réflexion. On pourra relire également le second article de cette série, qui rappelait l’insistance de Padre Pio pour la communion fréquente.



Une force nouvelle d’union
L’Eucharistie est une force qui ouvre au don et à l’accueil, ainsi qu’à l’unité qui en découle. Cette unité, cette cohésion dépasse les limites du temps et de l’espace, car elle est la « force » même de la communion trinitaire : elle est l’amour. Padre Pio l’exprime bien quand il affirme : « L’Eucharistie est un don nouveau et absolument unique de l’amour immense de Jésus pour nous. Parce qu’en se donnant en nourriture et en boisson pour l’homme, il s’unit à lui de la manière la plus parfaite qui puisse exister entre le Créateur et la créature. » (Lettre à Giusseppina Morgera, 5 mai 1916)
Dans son Encyclique sur l’Eucharistie, Mystici Corporis, le pape Pie XII écrivait dans le même sens : « Le divin Rédempteur s’est uni très étroitement, non pas seulement avec l’Eglise, son épouse aimée, mais aussi, en Elle, avec l’âme de chaque fidèle, avec lequel il désire ardemment s’entretenir dans des colloques intimes, spécialement après qu’il s’est approché de la table eucharistique. » (n°88)

L’expérience d’union de Padre Pio
Cette expérience mystique, Padre Pio l’a vécue d’une manière particulière, ce qu'il raconte au Père Agostino, le 18 avril 1912 :
« C’est à peine si j’ai pu me rendre auprès du divin Prisonnier pour célébrer la messe. Une fois celle-ci finie, je suis resté avec Jésus pour faire mon action de grâce. Oh, comme elle fut suave, la conversation que j’eus avec le paradis ce matin-là, à tel point que, même si je le voulais, il me serait impossible de tout vous dire. Il y a des choses que l’on ne peut traduire dans un langage humain sans qu’elles perdent leur profond sens céleste. Si vous me passez l’expression, mon cœur et celui de Jésus ont fusionné. Il n’y avait plus deux cœurs qui battaient, mais un seul. Le mien avait disparu comme une goutte d’eau dans la mer. Jésus était son paradis, son roi. La joie était en moi si intense, si profonde, que je n’ai pu me contenir : mon visage était inondé des larmes les plus délicieuses. »
Cette communion des cœurs, que Padre Pio décrit comme une fusion, est l’une des premières manifestations de son union avec Jésus Crucifié. Assez rapidement, la dimension de la croix apparaîtra dans ce phénomène, sous la forme d’une blessure ; ainsi, le 26 août de cette même année, il écrit, toujours au Père Agostino :
« Ecoutez ce qui m’est arrivé vendredi dernier. J’étais à l’église en train de faire mon action de grâce après la messe, quand je me sentis tout à coup le cœur transpercé par un javelot de feu si vif et si ardent que je crus en mourir. Les mots me manquent pour vous faire comprendre l’intensité de cette flamme : il m’est réellement impossible de le décrire. Me croirez-vous ? L’âme victime de ces consolations devient muette. J’avais l’impression qu’une force invisible me plongeait tout entier dans le feu… Mon Dieu, quel feu ! Quelle douceur ! »
Le 5 août 1918, ce sera la transverbération du cœur, et le 20 septembre Padre Pio recevra les stigmates.

C’est le Christ qui vit en moi
Revenons à la communion eucharistique. Cette communion met en l’âme tous les éléments de la vie spirituelle, elle la rend capable de posséder Dieu. Et posséder Dieu, cela signifie, comme l’explique saint Paul dans la Lettre aux Philippiens (2,5 et ss), vivre avec lui et par lui, ressentir les désirs, les angoisses, l’amour de Jésus pour l’humanité, partager ses sentiments, éprouver son zèle pour l’expansion du Règne de Dieu. En résumé, c’est se trouver dans la condition du saint du Gargano quand il s’exclame : « Tout se résume en ceci : Je suis dévoré par l’amour de Dieu et l’amour du prochain. » (Lettre au Père Benedetto, 20 novembre 1920)

Cette union au Christ est le résultat de l’action toute mystique qui, parallèlement à l’action liturgique, se produit dans notre âme quand nous nous approchons de l’Hostie consacrée. De même que le Pain eucharistique est assimilé par notre corps, notre âme est absorbée par la divinité de Jésus : « La communion au Corps et au Sang du Christ nous fait devenir ce que nous recevons. » (Concile Vatican II, const. Lumen Gentium, n°26)
Dans le cadre de cette vérité, le phénomène des stigmates trouve son explication. En Padre Pio, comme en saint François et en d’autres saints, la communion spirituelle avec le Christ s’est manifestée, de par la volonté divine, à l’extérieur, dans le corps: alors, la conformité de l’Amant et de l’Aimé est rendue parfaite.
Plus nous aurons le désir de nous unir fréquemment à Jésus-Eucharistie, plus nous serons identifiés au Christ, jusqu’à ce que nous puissions dire : « Ce n’est plus moi qui vit, mais c’est le Christ qui vit en moi. » (Ga 2,20)

Eucharistie et Pénitence
Pour que nous puissions reprendre ces paroles de saint Paul aux Galates, nous devons vivre dans la grâce, nous abstenir, autant que cela nous est possible, du péché : « En effet, si nous aspirons à la communion avec Lui, nous devons contempler sa vie toute divine dans la chair et, l’imitant dans sa pureté sans péché et sainte, nous élever à un état divin et immaculé. Ainsi, nous recevrons la communion et la ressemblance avec Lui, comme Il nous l’a promis. » (Pseudo-Denys, V° siècle)
Le sacrement de la Pénitence, joint à celui de l’Eucharistie, nous aide à nous fortifier contre nos faiblesses humaines et contre les tentations de l’ennemi.
L’enseignement de Jean-Paul II
Ce qui précède est confirmé par l’enseignement du Magistère de l’Eglise et en particulier de Jean-Paul II, notamment dans son encyclique Ecclesia de Eucharistia. En voici quelques extraits :
- « L'Eucharistie apparaît donc comme le sommet de tous les Sacrements car elle porte à sa perfection la communion avec Dieu le Père, grâce à l'identification au Fils unique par l'action du Saint-Esprit. » (n°34)
- « Le Sacrement exprime ce lien de communion d'une part dans sa dimension invisible qui, dans le Christ, par l'action de l'Esprit Saint, nous lie au Père et entre nous, d'autre part dans sa dimension visible qui implique la communion dans la doctrine des Apôtres, dans les sacrements et dans l'ordre hiérarchique. » (n°35)
- « La communion invisible, tout en étant par nature toujours en croissance, suppose la vie de la grâce, par laquelle nous sommes rendus ‘‘participants de la nature divine’’ (2 P 1,4), et la pratique des vertus de foi, d'espérance et de charité. » (n°36)
- « L'Eucharistie étant la plus haute manifestation sacramentelle de la communion dans l'Église, elle exige d'être célébrée aussi dans un contexte de respect des liens extérieurs de communion. De manière spéciale, parce qu'elle est ‘‘comme la consommation de la vie spirituelle et la fin de tous les sacrements’’, elle exige que soient réels les liens de la communion dans les sacrements, particulièrement le Baptême et l'Ordre sacerdotal. » (n°38)

Un autre extrait peut être cité, tiré lui de la Lettre Apostolique Mane nobiscum Domine, qui ouvrait l’Année de l’Eucharistie :
« Lors de chaque Messe, nous sommes appelés à nous confronter avec l'idéal de communion que le Livre des Actes des Apôtres donne comme modèle pour l'Église de toujours. C'est l'Église rassemblée autour des Apôtres, convoquée par la Parole de Dieu, capable d'un partage qui ne concerne pas uniquement les biens spirituels, mais aussi les biens matériels (cf. Ac 2,42-47; 4,32-35). En cette Année de l'Eucharistie, le Seigneur nous invite à nous rapprocher le plus possible de cet idéal. Que soient vécus avec un engagement particulier les moments déjà suggérés par la Liturgie pour la ‘‘Messe stationale’’, où l'Évêque célèbre dans sa cathédrale, avec ses prêtres et ses diacres, avec la participation du peuple de Dieu dans toutes ses composantes. Là réside la principale ‘‘manifestation’’ de l'Église. Mais il sera louable de déterminer d'autres occasions significatives, même au niveau des paroisses, pour que le sens de la communion grandisse, en puisant dans la Célébration eucharistique une ferveur renouvelée. » (n°22)

Les groupes de prière
Puiser dans l’Eucharistie, comme à une source d’où jaillit en permanence une eau pure et fraîche, la capacité de se sanctifier, dans la communion avec Dieu et avec les autres : telle est la tâche, à la suite de Padre Pio et selon son enseignement, de ses Groupes de Prière. Padre Pio, le regard tourné vers la première communauté chrétienne, voulait qu’ils soient des groupes saints avec « un seul cœur et une seule âme » (Ac 4,23), sur lesquels l’Esprit Saint descende comme au jour de la Pentecôte.

Jean-Paul II a bien mis cela en évidence lors de l’audience qu’il accorda aux Groupes de Prière, le 1er octobre 1983 :
« A l’imitation de la première communauté chrétienne de Jérusalem, qui d’un seul cœur et d’une seule âme était assidue à la prière, vous devez mettre la prière au fondement de votre vie chrétienne : prière d’ado-ration, prière de louange, prière de demande, prière – comme l’affirment avec force vos statuts – ‘‘avec l’Eglise, pour l’Eglise et dans l’Eglise’’. D’individuelle, cette prière devient communautaire, elle s’exprime dans la connaissance et la participation active à la liturgie, elle trouve sa force dans les sacrements, en particulier l’Eucharistie et la Réconciliation ; elle devient une exigence de communion et d’obéissance au Magistère de l’Eglise, au Vicaire du Christ, aux Evêques. »

Combien de fois Padre Pio n’a-t-il pas recommandé aux responsables des groupes de prière : « Soyons unis, ne soyons jamais fatigués de faire le bien, soyons obéissants et respectueux de toute la hiérarchie de l’Eglise, constants et persévérants. »
D’une manière encore plus lapidaire, Padre Pio disait : « De mes fils spirituels, je veux la Messe, la Communion et le Rosaire chaque jour. »
La quotidienneté de la Célébration Eucharistique et du Rosaire, prière mariale par excellence, voulue avec insistance par le Saint stigmatisé, assurent cette assiduité et cette persévérance qui furent les caractéristiques des premiers Chrétiens à la ‘‘fraction du pain’’ et à la ‘‘communion fraternelle’’ autour de la Mère. Jésus et Marie, les amours les plus grands de Padre Pio, deviendront ainsi le centre de la spiritualité des Groupes de Prière, comme ils le furent de la première communauté des disciples du Christ.
Traduction d’un texte de la revue
‘‘Casa Sollievo della Sofferanza’’